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Wednesday, 09 September 2009 12:38

LAOS

Au pays des matins sereins

Reportage: impressions de voyage par Carine Anselme, journaliste reporter.

Contrée mystérieuse sertie au cœur de la Péninsule Indochinoise, le Laos fascine de plus en plus d’amoureux d’Asie véritable et d’authenticité. La vie s’y écoule langoureusement, entre passé et présent. Reportage sur les traces d’un pays où la sérénité n’a pas la même saveur qu’ailleurs.

Bienvenue dans les coulisses de l’Asie. Enclavé entre Chine, Myanmar, Vietnam, Thaïlande et Cambodge, le Laos étale ses charmes le long du Mékong, épine dorsale de ce pays qui tourne le dos à le mer. Encore préservé par rapport à ses célèbres voisins, il s’ouvre et s’éveille d’un long sommeil, ou plutôt cauchemar, peuplé de trois siècles de guerres et répressions. Plus que sa beauté, c’est son sourire et sa langueur qui vous restent plantés en plein cœur.

 

 

La quête
Six heures du matin. La nuit s’effiloche dans les rues de Luang Prabang, ville fascinante
(inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO) ; péninsule minuscule de 1 km de long et 250 m de large, au cœur parsemé de 32 temples. Un étrange manège se prépare. Hommes et femmes se glissent silencieusement hors de leurs demeures et s’installent au pied de chez eux. A leur côté, une marmite de riz. Toujours pas un bruit, hormis le passage éclair d’un de ces affreux speed boats, bateaux TGV qui parcourent le Mékong dans un bruit fracassant de moustique géant (modernisation oblige, voilà que le temps se met à rattraper la vitesse occidentale...Pas souvent, rassurez-vous !). L’air se fige dans la dislocation rosée des nuages matinaux. L’attente s’installe. Tout à coup, « ils » surgissent... Se déroule alors un interminable ruban couleur safran composé de centaines de moines et moinillons venant faire la quête de leur riz quotidien. Pas un mot. Seul s’égare dans le calme ambiant le frottement des pieds nus sur le sol. Près d’une heure durant, les moines défilent, s’arrêtant à peine le temps de soulever le couvercle de leur bol à offrande, et de recevoir leur aumône alimentaire. Inoubliable. Véritablement émouvant.
Cette cérémonie, qui marque le point du jour, met en lumière les valeurs centrales des Laotiens, entre spiritualité (90 % de la population est bouddhiste. Un bouddhisme subtilement mêlé à l’animisme), partage, sérénité et discrétion. Vous pouvez y ajouter sans hésitation lenteur (certains diront paresse !) et surtout sourire. Ce sourire qui fend d’un soleil radieux tout visage qui vous croise. Petits, grands, jeunes et vieux, femmes et hommes, tous vous saluent d’un « sabaai dii » sonore, s’étirant en longueur et en chaleur.


Le tournant
Luang Prabang, deuxième ville du pays, exprime bien le grand écart du Laos version 2002. Cette cité langoureuse, où il fait bon flâner, a le charme tranquille des petites villes de province (même Vientiane, la

Fabrication de la pate a papier
a base d'ecorce de murier

capitale, n’échappe pas à cette sérénité, quoiqu’un peu plus grande et affairée). Point de barres d’immeubles, ni de circulation infernale, au contraire des autres citées asiatiques. Pourtant, on ressent en déambulant dans les rues les frémissements d’un bouleversement en profondeur. Un touk-touk pittoresque (davantage appelé au Laos thaek-sii ou saam-lâw), se fait violemment doubler par un 4X4 rutilant dont le conducteur est scotché à son téléphone portable. Et, entre deux épiceries traditionnelles, quelle n’est pas la surprise de voir tout à coup un panneau indiquant « Cyber café ». Ces points d’accès à la galaxie Internet, et donc au monde, ont poussé comme des champignons dans Luang Prabang depuis un an. On y surfe à côté de moines en robe safran. A quelques heures de là, certaines ethnies n’ont même pas l’eau et l’électricité, et ne connaissent ni la télévision ni le téléphone ! C’est un des symptômes visibles de l’évolution économique du Laos, et de son écartèlement entre passé et présent. Un écartèlement auquel l’explosion du tourisme n’est pas étrangère (en 1991, ils étaient 14.000 à avoir succombé au charme laotien. 600.000, en 1999. Aujourd’hui, on prévoit près de 800.000 visiteurs). Le Laos est véritablement à un tournant de son existence et il a intérêt à bien le négocier pour ne pas faire les mêmes erreurs que ses célèbres voisins, et risquer d’y perdre son âme. Et quelle âme !


Les peuples du Nord
 

Le sentier s’élève sacrement escarpé à travers le paysage montagneux du nord Laos, pas très loin de la frontière chinoise, coin le plus mystérieux du Triangle d’Or. En quelques minutes de pénible progression, corps et vêtements semblent se diluer dans l’extrême humidité ambiante. Marcher est pourtant la seule manière d’aller à la rencontre de l’authenticité et de la diversité incroyable des peuples du pays, qui vivent souvent à plusieurs jours de la moindre piste. En l’espace d’une semaine, nous allons croiser, saluer, dialoguer, rire, faire la fête, manger, boire (beaucoup !) et vivre avec quatre ethnies (parmi les 68 présentes sur le territoire) extrêmement différentes, dans leur type physique, leurs origines et leurs coutumes : Khamu (apparentés aux Austro-asiatique, issu du groupe ethnique des Lao Theung, ou « Lao d’en haut », par opposition au groupe majoritaire Lao Loum, « Lao d’en bas » qui peuplent les plaines), Hmong (issus du groupe des Lao Sung, qui regroupent les tribus de montagnes, originaires principalement du sud de la Chine, mais aussi du Tibet et du Myanmar. Leur principal revenu est l’opium), Akha (d’origine tibeto-birmane), et Thaï Dam (ou Thaï noirs, ce qui n’a rien à voir avec leur couleur de peau. D’origine lao-thaï, ils ont conservé intactes leurs traditions). Ces ethnies cohabitent pacifiquement, à quelques heures les unes des autres et se croisent sur les chemins, même si elles ne se mélangent pas ou peu. Dans certains villages, situés loin de toute « route », nous étions les deuxièmes « longs nez » (c’est ainsi qu’ils appellent les Européens dont l’appendice nasale leur fait peur !) à leur rendre visite. Marcher des jours

 

durant, rien que pour leur rendre visite et pour leplaisir, quelle drôle d’idée ! Imaginez l’arrivée aux villages... Une explosion de cris d’enfants, un mélange de joie, d’étonnement, parfois de crainte diffuse, avant de céder au grand plaisir de la curiosité. Que de fois ne nous a-t-on pas tiré les poils dans d’immenses éclats de rire (les lao, en bon asiatiques, sont imberbes) ! Nous étions plus interrogés et observés, que le contraire. Même se brosser les dents relevait plus de l’attraction publique que de l’instant intime. Et le soir, au coucher, des dizaines de paires d’yeux (souvent des enfants) nous scrutaient et attendaient que le sommeil nous gagne (même en pleine nuit, nous n’étions pas seuls, des rats bienveillants nous tenant gentiment compagnie, des fois que...).. Nous avions souvent peur que les planchers de ces maisons sur pilotis en bois ne tiennent pas le choc sous le poids de tout le village réuni. Au final, des centaines d’anecdotes et d’inoubliables souvenirs partagés. Il y avait la timidité, parfois même de la peur, mêlée de fierté des Akha, dont les femmes sont couvertes de piastres indochinoises, le visage plus dur des Khamu, mais leur accueil chaleureux, la musique des Hmong, le sens de la fête des Thaï noirs. Et partout la même gentillesse, noyée de sourires.


C’est la fête !

Parlons-en de la fête ! Les Lao ont le même mot pour exprimer « fête et travail »... Pour dire ! La fête est le pivot central de la vie de ces ethnies, le ciment d’un tissu social extrêmement fort. Tout est prétexte à se réunir. Pas un jour ne s’est écoulé sans que nous ne tombions sur une fête, à laquelle tout naturellement nous étions conviés : construction de maison, fête en l’honneur des esprits (appelés phis, sacrement respectés et craints), réfection d’un toit, préparation d’un voyage, démarrage d’un commerce, maladie (afin de l’éloigner) et même funérailles. Ces cérémonies donnent lieu à des offrandes ou basi afin de s’attirer les grâces du ciel. Très souvent, surtout dans les vallées, les moines d’un temple voisin sont invités. A cette occasion, les participants vous nouent des fils de coton blanc au poignet, en prononçant des voeux(très) personnalisés. Fils qu’il faut garder au moins trois jours et surtout ne pas couper avec un objet contondant. Chants, danses et repas ponctuent de joie ces festivités, et l’alcool coule à flot. Il est plus d’un foie qui s’en souvient encore (le mien, tout particulièrement) ! Car c’est un affront de refuser le lao-lao, alcool de riz local, dont les recettes improbables sont très personnelles. Ainsi, il y a eu la cuvée « cornes de bouquetins » et son goût atrocement boucané, le cru « sac de jute moisi », ou encore l’arrache gueule mémorable type alcool à brûler. Toujours servi par deux, les petits verres (comme des verres de saké), circulent allègrement et se doivent d’être bus cul sec ! S’en sortir à moins de dix verres est mission impossible. Après, c’est de la débrouille personnelle... Plus harmonieux, il y a eu aussi cet alcool de jarre où flottaient fruits et épices que nous sirotions à tour de rôle avec d’énormes chalumeaux.

 

 


Les « fleurs du mal »
En cette fin février, nous sommes en pleine récolte de l’opium. Les champs de pavots blancs et violets (les violets donnent, paraît-il, une meilleure qualité d’opium) émaillent ces paysages de montagne d’impressions que nous pourrions qualifier de bucoliques, si nous n’en connaissions pas la finalité. Toute la journée, femmes et enfants s’affairent à pratiquer les incisions sur le Papaver somniferum afin d’en récolter le lendemain la résine. Le pays produit, principalement dans les montagnes du Nord, entre 200 et 300 tonnes d’opium raffiné, ce qui le place au troisième rang mondial. Ne connaissant pas le phénomène des seigneurs de la drogue, la récolte semblerait presque bon enfant... Un matin, dans un village Khamu, un vieil opiomane fait savoir qu’il tient à nous inviter pour que nous comprenions. Autour de sa maison flotte une odeur reconnaissable entre toutes : l’air est saturé des notes de caramel, un rien goudronnées, de la résine

scarification d'un bulbe de papaver somniferum

d’opium qui brûle. La pièce baigne dans une tmosphère irréelle, enfumée et trouble. L’homme, d’une maigreur extrême, est couché (il ne tient pratiquement plus debout) sur une natte. Sa femme s’affaire autour de lui. Elle nous montre la petite boîte qui contient son précieux poison et sa pipe à opium. Orfèvre du village, le vieil homme s’est fabriqué une pipe en argent entièrement ouvragée, d’une beauté saisissante. Avec une infinie délicatesse, il prélève, à l’aide d’une tête d’épingle, une infime quantité de résine. Il l’étale sur le petit trou placé sur la partie renflée de la pipe. Précautionneusement, il commence à la chauffer au-dessus d’une modeste flamme. Entre deux bouffées, dans une élocution d’une lenteur incroyable, il nous explique tout : qu’il fume depuis dix ans, qu’il a soixante ans (il en fait vingt de plus), que sans ses dix pipes quotidiennes il lui serait impossible de vivre, trop difficile à supporter (l’opium est également un remède traditionnel contre la douleur, dans un pays où le système médical est quasiment inopérant, surtout pour ces peuples de montagnes), que de plus en plus de femmes fument car ce sont elles qui pratiquent les incisions sur les fleurs (ou plutôt le renflement juste en dessous) et que par contact cutané, elles deviennent dépendantes involontairement,... Il tenait à nous dire tout ça. Et même s’il n’a pas l’air triste, il est fataliste et explique que tant que le gouvernement n’aura pas trouvé de réelles solutions de substitution, la culture ne pourra que continuer : des milliers de familles entières ne vivant que de la récolte de l’opium.


L’odeur de la papaye verte
Beaucoup plus inoffensif : des arômes de citronnelle, quelques vapeurs de coriandre, un soupçon de citron vert, le feu des piments, la délicatesse de l’aneth, l’odeur entêtante des notes de poisson fermenté du nam pa (plus connu chez nous sous le nom de nuoc-mâm), les parfums suaves des fruits tropicaux (attention, toutefois au durian, drôle de fruit au parfum oscillant entre le camembert qui s’abandonne et la viande - très - faisandée. Tellement bizarre qu’il est interdit par la Thaï Airways). La cuisine lao est une harmonie de senteurs, un camaïeu de saveurs, un festival de couleurs. Bref, une fête pour les sens. Les marchés embaument sous la générosité des herbes aromatiques, omniprésentes dans cette art de manger raffiné, tout en subtilité et nuances. Parmi les incontournables qui font frémir les papilles, relevons quelques spécialités locales : Tam makhoung ou salade de papaye verte, mêlées à de l’ail pilé, du citron vert et des piments. C’est l’institution culinaire laotienne. Ames sensibles s’abstenir ! Salade traditionnelle par excellence, le Lap est composé de viande ou poisson haché menu, parsemé d’un filet de citron vert, des piments, de la salade et parfois du riz. Tout peut se préparer en lap. Ainsi, avons-nous goûté une merveille à base de faisan (il est courant de manger du gibier en montagne). Connu aussi au Vietnam, le Phó est un potage de nouilles extrêmement populaire que l’on retrouve dans les moindres gargotes. On y rajoute à volonté et selon ses goûts, viande en lamelles, boulettes, menthe, épices, coriandre, basilic, petits piments, soja... Le riz gluant (Khao Niao) est très courant. Il est servi dans des petits paniers en raphia. Ne tentez de le manger avec une fourchette ou même des baguettes, sous peine de passer pour le « falang » de service (c’est ainsi qu’ils appellent les Français). Ce riz se malaxe en boulettes et se mange à la main

Temples innombrables et uniques, rencontres inoubliables, sourires généreux, nourriture savoureuse, paysages vierges ; décidément, tous les sens sont en éveil au Laos. Et il est vrai qu’en quittant le pays l’émerveillement est intense. C’est là l’impression qui vivra bien au chaud dans la mémoire. Il ne faut pas que cet éblouissement masque les ombres qui planent sur ce Laos grandiose, d’accord. Mais fragile.


Carine Anselme, journaliste independante.

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Carnet de voyage

       • Formalités. Un visa est obligatoire. Il peut s’obtenir à Paris, à l’ambassade (valable 30 jours) ou sur place (valable 15 jours renouvelables) dans les principaux points d’accès au pays (aéroports de Vientiane et Luang Prabang, Pont de l’amitié à la frontière avec la Thaïlande,...). Un conseil, prenez-le à Paris car les files sont longues en arrivant à l’aéroport. Vu la fatigue du voyage et le décalage horaire, ce n’est guère recommandable ! Ambassade du Laos à Paris - 74, av. Raymond Poincaré - 75016 Paris - Tél. : 01 45 53 02 98

       • Y aller. Autant il est simple de voyager en individuel au Laos sur les destinations connues (Vientiane, Luang Prabang, Van Vieng, Pak Beng, Udomxai,...), autant il est difficile, voire délicat, de partir seul en montagne. Les chemins étant nombreux et taillés dans la jungle, seuls les « aventuriers » peuvent s’y risquer sans accompagnement. En avant-goût, visitez le site d’un passionné d’Asie du Sud-Est en général, et du Laos en particulier: www.apsaraventure.com
Daniel Gerbault (également accompagnateur d’Atalante) maîtrise parfaitement la culture et la langue du pays. Il peut aussi vous organiser un circuit individuel ou en tres petits groupes sur mesure. En tout cas, il est un accompagnateur éclairé de cet itinéraire laotien. Son ouverture d’esprit et son immense respect du pays et de ses habitants nous ont ouverts les portes et les coeurs.

       • Quand y séjourner ? La meilleure période s’étend de novembre à février/mars. C’est la période sèche, mais aussi la haute saison, avec son cortège d’inconvénients. En avril, la température est suffocante (plus de 35°C de moyenne), et de mai à octobre, c’est la mousson (surtout sensible dans le sud du pays). Certains diront que c’est à ce moment-là que les lumières sont les plus belles. D’autant qu’il ne pleut que rarement toute la journée. Grands écarts de température entre la plaine et les montagnes, où il peut carrément faire froid en hiver.

       • Décalage horaire. Quand il est 0 H en temps universel (GMT), il est 7 H au Laos. C’est-à-dire qu’il y a six heures d’avance par rapport à Paris en hiver, et 5 H en heure d’été.

       • Dormir. Pour l’hébergement, s’est développé dans les principales villes et villages du pays un système de guest houses, à mi-chemin entre la chambre d’hôte et la pension de famille. Le nombre de ces hôtels tout simples, de qualité très variable, a explosé, notamment à Luang Prabang. Et s’il est possible d’en trouver sans réserver (l’arrivée dans certains villages donne parfois lieu à des ruées pas très zen), il vaut mieux prendre ses précautions, surtout en haute saison. A Vientiane, épinglons : Saysouly Guest House, 23 Manthatulath Rd Ban Xieng Yuen tel: 00 856 21 218383 pour une adresse familiale de charme, très sereine. Un brin plus chic, la Villa Manoly. Quartier Phyawat (pas loin du Mékong). 00 856 21 21 22 82. Cette maison peuplée d’objets traditionnels trône au milieu d’un jardin tropical. Reposant. Vraiment plus chic, l’Asian Pavillon. 379 Thanon Samsenthai. 00 856 21 21 34 32. Immortalisé dans le roman de John Le Carré, Comme un collégien, cet hôtel a retrouvé la superbe d’avant la révolution (son patron est resté 13 ans en camp de rééducation). Bien tenu, quoiqu’un peu aseptisé. A Luang Prabang, notons catégorie « fauchés », Paphai Guest House, en face du Vat Paphai tel: 856 71 212 752. Chambres simples, mais accueil charmant. L’une des guest house la plus agréable de la ville. Cette belle maison pleine de caractère offre quiétude et ravissement. Tout aussi tranquille, grace a son emplacement excentre, mais plus cher, l’Hôtel Phousi. Pour amateurs de charme colonial. Kitsarath Setthathirat. 00 856 71 21 21 92.

       • Se faire du bien. Dans quasiment tous les villages de montagne, il est de coutume de masser celui qui a marché. Dans les villes, vous trouverez d’excellents (et très sérieux) centres de massages traditionnels aux huiles essentielles, souvent couplés à un hammam aux plantes. A Luang Prabang et à Udomxai, notamment, la Croix-Rouge propose ces soins du corps et de l’esprit. Sérénité assurée !

 

A la Bibliotheque Nationale a Vientiane: « Les Archives de la Musique Traditionnelle au Laos »
Des notes d’espoir
L’heure est à la sieste à Vientiane. La chaleur écrasante flirte avec les 35°C et les 60 % d’humidité. Dans une des rues principales de la capitale, le bitume renvoie d’étranges notes de musique. J’y reconnais les variations rythmiques de l’orgue à bouche de l’ethnie Hmong qui ont ponctué certaines de nos fêtes. Par le son attirée, je m’engouffre dans la fraîcheur d’une demeure coloniale au charme décati. En me frayant un passage à travers des piles de livres poussiéreux, surgissent, réminiscence de l’Indochine, les fantômes de Victor Hugo et Zola. Nous sommes à la Bibliothèque Nationale. Au premier étage, apparaît, menue et souriante, au milieu d’un matériel multimédia dernier cri, Thongbang Homsombat, responsable laotienne de ce programme de « sauvetage » de la musique traditionnelle. Une culture musicale extrêmement riche dans un pays qui est un véritable kaléidoscope ethnique (68 ethnies recensées !). Mais une culture menacée, car non écrite et mise à mal par l’évolution de la société qui disloque certaines communautés et appauvrit leurs traditions. Ce projet (ATML, « Archives of Traditional Music in Laos »), né en 1999, a été mis sur pied par des associations allemandes (DFG et GTZ), en étroite collaboration (évidemment !), avec le Laos, mais aussi avec les Archives Sonores du Musée d’Ethnologie de Berlin, afin de récolter à travers tout le pays la tradition musicale et vocale. Le résultat à ce jour ? Tout en faisant partager vidéos et enregistrements, Thongbang annonce avec une pudeur tout asiatique : « Aujourd’hui, nous disposons de 992 enregistrements sonores récoltés dans 24 groupes ethniques, 1240 minutes de vidéos, 692 photos, 135 transcriptions de partitions musicales et 70 dessins et descriptions d’instruments traditionnels ». Une « récolte » à laquelle Thongbang participe en personne, sillonnant le pays du nord au sud, généralement en compagnie d’Ursula Koch, responsable allemande du programme. Au-delà du recensement systématique des musiques et chants traditionnels, le projet s’attache à motiver les ethnies à perpétuer leurs traditions, et forme sur place des personnes pouvant prolonger l’âme de cette mission. Outre ce travail titanesque, l’équipe fait tout pour rendre cette formidable manne sonore accessible au public. Si vous êtes dans le coin, Thongbang Homsombat se fera un plaisir de vous faire partager cette mémoire musicale. Toutefois, mieux vaut prévenir d’un éventuel passage. Renseignements (English only !): 00856 21 251250


manuscrits sacres sur feuilles de latanier conserves a la Bibliotheque nationale

un novice et son tuteur


Il ne faudrait pas oublier...
Au-delà de sa sereine beauté, ce pays est meurtri de cicatrices. Difficile de faire l’impasse sur celle que l’on a nommé la « Guerre secrète » et qui a sévi de 1964 à 1973. Moins connue que celle du Vietnam, elle n’en a pas moins fait des dégâts considérables. Durant neuf ans, le Laos (surtout à la frontière avec la Vietnam) a subi un bombardement toutes les huit minutes : soit 1,9 million de tonnes de bombes au total, 10 tonnes au kilomètres carré, ou une demi-tonne par habitant ... Sans oublier l’utilisation de l’arme chimique ou agent orange. Tels des alchimistes, les Laotiens préfèrent transformer l’ombre en lumière, et ne pas s’appesantir sur le passé. Ainsi, certains donnent-ils une seconde vie aux bombes en les intégrant dans leur quotidien : après désamorçage, elles deviennent pilotis ou encore chaudrons. Il faut saluer le travail phénoménal des nombreux groupes de démineurs du monde entier répartis sur le territoire, sous l’égide de l’UXO (Unexploded Ordnance). L’UXO monte des spectacles de marionnettes dans les villages pour sensibiliser petits et grands à reconnaître les engins explosifs, qui peuvent être confondus notamment avec des fruits. De même, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un des derniers bastions du communisme. Le Parti Révolutionnaire du Peuple Lao (PRPL), est au pouvoir depuis la révolution de 1975. Et même si le régime s’est assoupli sous l’effet de la déroute des pays communistes, redonnant notamment toute liberté au culte bouddhiste et ouvrant la voie à une certaine libéralisation de l’économie, on est encore loin de la démocratie. En outre, l’avènement de l’économie de marché n’a fait qu’accroître les inégalités sociales. Pourtant, il semblerait que dans l’ensemble les Laotiens soient satisfaits de leur système politique qui leur a enfin apporté la paix après trois siècles de guerre. Dans les villages reculés de montagne, nous nous retrouvions souvent dans la situation surréaliste de manger et dormir sous les portraits de Marx, Lénine ou Hô Chi Minh, et fichés parfois par des chefs de village à la bureaucratie zélée. Evidemment, la menace des camps de rééducation ne pousse pas à l’expression personnelle... La répression, notamment au moment de l’arrivée au pouvoir du Parti, a été violente. En 1975, près de 40.000 personnes ont été envoyées en camps (samana, en lao) et 30.000 furent emprisonnés pour « crime politique » (les associations de Laotiens aux Etats-Unis estiment le nombre de prisonniers à 160.000). D’après les autorités, les camps seraient fermés depuis 1989, et la majorité des prisonniers politiques relâchés. Difficile à vérifier. Quant aux dissidents, qui lancent régulièrement des actions violentes contre le régime, (on parle, mais sans certitude, de certains membres de l’ethnie Hmong), ils se cachent dans les montagnes, ou passent le Mékong pour vivre en Thaïlande. L’exode depuis 1975 a été important : officiellement, ils sont 300.000 Laotiens à avoir quitté le pays, mais des milliers d’autres ont fui en Thaïlande.