Fêtes et règles de vie au temple
Le chaman est entouré de soixante disciples ou novices âgés
de dix à vingt-huit ans qui sont à son service pour
un minimum de trois ans, participent aux cérémonies
rituelles, aux corvées ménagères, fabriquent
des paniers à offrandes, travaillent la terre et le jardin
potager appartenant au temple. Les plus jeunes, au nombre de cinq,
sont chargés du feu sacré qui brûle toute la nuit
dans le logement de leur maître et dorment aupres de lui. La
règle de vie communautaire est assez stricte: deux repas par
jour en tant normal et un seul en période de Carême qui
correspond à celui des Bouddhistes Theravadin- à la
saison des pluies-. Un interdit scrupuleusement observe dans tout
le village prohibe l'élevage d'animaux domestiques (poules,
canards, porcs, buffles, vaches) pour la consommation. La chasse du
petit gibier (devenu rare) dans la jungle proche est autorisée:
la viande de singe, de porc-epic, de rat de bambou, de crevettes,
de poisson est consommée par les laïcs. L'isi, lui, n'a
droit qu'au poisson, aux fruits et legumes de son jardin, au riz et
au mais cultivés pres du temple. L'alcool est absolument proscrit
dans tout le village. L'isi est célibataire bien que le huitième
l'isi Jae Ya, (celui qui a reçu l'autorisation de devenir prêtre
en langue karen) prit femme et eut deux enfants. Il lança une
attaque a titre de représailles contre les Birmans, persuadé
de son invincibilité- (se référer au mouvement
de la God's army de frères jumeaux karen âgés
de 9 ans)- dû son état d'être divin pour finir
enlevé, puis assassiné par le KNU (Karen National Union)
le tenant pour responsable de la mort de plusieurs combattants du
mouvement de libération. Les novices ne sont pas autorisés
à pénêtrer dans la maison de laïcs. Ils doivent
se laisser pousser les cheveux et les nouer en chignon ceint d'un
foulard blanc, au-dessus du front.
Le cycle des lunaisons rythme la vie religieuse et profane selon un
calendrier défini par le premier chaman qui a la forme d'une
planchette perforée sur laquelle l'isi déplace un bâtonnet
chaque jour; le premier jour de la semaine est un dimanche, les jours
néfastes indiqués par des petits trous. Lors de la pleine
lune et de la nouvelle lune, les fidèles se rendent au temple
situé à l'exterieur du village chargés d'offrandes:
canne à sucre, ananas, noix d'arec (bétel) lire
article sur le bétel, cultivée et chiquée
en abondance, noix de coco, bougies en cire d'abeille confectionnées
artisanalement.
La cire d'abeille recoltée en forêt à la saison
chaude est très précieuse. Elle peut servir à
se racheter en cas de faute grave comme l'adultère: le couple
fautif doit, entre autre, offrir une bougie de 3 kg au chaman après
avoir été banni du village pendant 3 ans. La tenue vestimentaire
lors des cérémonies religieuses est, pour les hommes,
la tunique blanche, symbole de pureté; les femmes mariées
portent une robe rouge tandis que les jeunes filles sont en blanc.
Elles ont un statut inférieur aux hommes, reléguées
au second plan lors des cérémonies, discrimination que
l'on retrouve parmi de nombreuses ethnies animistes qui considèrent
que le sang menstruel est impur, et donc pourrait souiller l'aire
sacrée. Les sept points sacrés
Les sept points sacrés du temple où sont deposés
les offrandes (trois bougies et trios fleurs) et où sont
pratiqués les dévotions sont :
1. Le premier point correspond à la naissance des êtres
humains. Cet autel est associé au dimanche, le premier jour
de la création de monde. Des batonnets plantés dans
le sol entourés de cailloux le matérialise, signifiant
par là que l'on souhaite que les enfants qui vont naître
vivront longtemps comme le bois et la pierre qui sont des matériaux
durables.
2. La maison dite "pure", sans tâches: c'est le
logement où dort le chaman. Avant d'y pénêtrer,
il doit se peigner soigneusement, procéder àdes ablutions.
A l'intérieur, un feu qui est entretenu par les novices.
Se référer à la coutume des femmes thaï
et lao qui veut que après l'accouchement, la mère
se tienne près d'un feu, symbole de vie (tradition appelée
you faï en thaï). L'enfant, comme le feu, vit et est prêt
à grandir.
3. Les fondements du bouddhisme: c'est un autel en bois, dédié
au Bouddha, au Dharma et au Sangha.
4. Les Trois Joyaux du bouddhisme (Ratanatraï): on y célèbre
l'unité des 3 joyaux symbolisés par une colonne en
bois.
5. Une statue de Bouddha originaire de Birmanie commémorant
celui qui a renoncé pour montrer la voie aux hommes.
6. Les Trois Corbeilles ou Canon bouddhique (Tripitaka) ou les fidèles
s'engagent àfaire le bien et demandent protection.
7. Un pont: composés de deux planches disjointes, la première
correspond au pont terrestre, la deuxième au pont celeste.
En se déplaçant du premier pont vers le deuxième,
ceux qui ont commis de mauvaises actions risquent de tomber en enfer.
Par contre, s'ils se sont montrés vertueux, les dieux les
aideront à franchir ce mauvais pas. Le pont est la dernière
étape de la vie.L'importance de l'animal dans le bouddhisme
et l'hindouisme n'est pas propre à ces religions. Elle est
encore plus grande dans l'animisme, où l'animal totem devient
le protecteur de la communauté. En l'occurence, une paire
de défenses d'éléphants gravées à
l'effigie du Bouddha trône près d'une serie de statuettes
de l'Eveillé. Elles auraient été offertes par
un bonze karen en hommage à l'isi Jae Ya.
Un dieu vivant
Le Nouvel An à Létongku a lieu un mois avant le Nouvel
An traditionnellement fêté en Asie du Sud-Est à
partir du treize avril (songkran en thaï). C'est l'occasion
pour les adeptes de la secte Telakhon -à l'instar des religions
indiennes où la nature est divinisée- de toute la
région de remercier l'esprit des eaux de bien vouloir leur
fournir l'eau nécessaire à la vie en déposant
dans le ruisseau qui traverse le village, des petits radeaux en
bambou chargés d’offrandes (sucreries, riz). C'est
ce jour que l'on prend la mesure de l'état quasi divin de
l'isi: les hommes âgés lui lavent les pieds dans un
bain de turmeric (curcuma). Les statues de Bouddha sont aspergées
avec le même liquide, les novices et le chaman s'inclinent
devant le stoupa qui contient 8 cheveux de Bouddha.
Les autorités thaïlandaises
Des fonctionnaires de la Police des frontières (Border Patrol
Police) vivent en permanence à Létongku où
ils tiennent le rôle d’instituteur comme dans d'autres
villages de minorités ethniques. Mais lorsqu’ils sont
venus s'installer pour construire l'école primaire il y a
10 ans, ils ont dû faire face au refus catégorique
du chef spirituel de permettre aux enfants karen d'apprendre le
thaï et autres matières craignant que malheur et calamité
ne s'abattent sur leur village.
Apres négociation, la police a dû se soumettre à
un rite consistant à boire un verre d'eau bénite par
l'isi en prêtant serment, à savoir respecter le culte
chamanique.
En conclusion, la secte Telakhon est une secte syncrétique
qui emprunte au bouddhisme son iconographie, son culte des reliques,
son calendrier rituel pour partie, et certains de ses preceptes;
au christianisme, la prophétie du retour d'un messie confondue
avec Arimetreya, à l'hindouisme la vénération
pour un gourou ascetique, l'interdiction de consommer les animaux
d'élevage, et la divinisation de la nature (l'esprit des
eaux).
La communauté a su maintenir la tradition malgré les
vicissitudes inhérentes aux villages situés près
de la frontière birmane, malgré l'absence de successeur
pour une durée de sept ans, après la mort du huitième
chaman, l'isi Jae Ya, vacuum qui n'a pas empêché les
adeptes de perpétuer les rites.
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