L’ethnie Intha qui peuple les rives du lac Inle en Birmanie sur le plateau shan est originaire de Dawei (Tavoy) sur la côte sud de la Birmanie. Lors de la conquête de cette région, un roi birman (Alaungsithu 1113-1167) les a déplacés près du lac Inle. Déporter des captifs de guerre et les utiliser comme esclaves était pratique courante en Asie du Sud-Est. Les Inthas se sont affranchis de leur statut d’esclaves et se sont lancés à la conquête du lac pour assurer leur liberté en créant des villages lacustres imprenables. Prisonniers sur terre, ils voulaient être libres sur l’eau. Ils commencèrent par apprendre à pêcher dans ces eaux où, malgré une profondeur de 3 à 5m, les fonds tapissés d’algues apparaissent clairement. Les poissons visibles, lignes et hameçons devenaient inutiles. Les Fils du lac inventèrent non seulement des filets nasses montés sur une longue armature de bambou, mais aussi une technique de pêche inconnue des Birmans. Lorsqu’un poisson se cache sous les algues, il suffit de plaquer la nasse au-dessus et de piquer le fond avec un trident pour le faire remonter vers le filet. Mais cette opération nécessite trois mains et un pied ; une pour maintenir la nasse au fond, une pour manœuvrer le trident, une pour tenir la rame, et un pied pour rester en équilibre à l’arrière de la pirogue. Faute de main supplémentaire, les Inthas ont donc utilisé un pied pour ramer !

Jardins flottants

Le lac Inle est l’un des sites les plus magiques de l’Asie. Les îles flottantes sont une curiosité quasi unique au monde. Il en existe sur le lac Dal au Cachemire. L’intelligence des Inthas a été d’utiliser les jacinthes d’eau plante originaire d’Amérique du Sud qui se reproduit à grande vitesse et bouche les cours d’eau pour fabriquer ces jardins. Ils scient des bandes de jacinthes en bande de 2m de large sur 10 à 15 m de long et les déplacent à la gaffe. Les villageois les recouvrent d’une couche d’humus composé par l’accumulation, pendant des milliers d’années, des débris de plantes et coquillages en quantité assez réduite pour éviter que l’ensemble ne coule. Après avoir planté des poteaux en bambou pour empêcher leurs îles de dériver, ils y développent leurs cultures. Mais, espérant augmenter leur rendement, de nombreux paysans utilisent des engrais chimiques, qui finissent dans le lac.

plateau shan lac Inle Myanmar

Lac Inle en Birmanie les jardins flottants

Le lac connaît de rapides bouleversements à mesure qu’augmente sa population, qui compte aujourd’hui 144 000 habitants : la croissance démographique a dépassé 35 % entre 1983 et 2005. Cela s’explique notamment par la présence des jardins flottants, qui viennent s’ajouter à la pêche comme moyen de subsistance.

Or la surface du lac diminue à une vitesse alarmante, phénomène que l’on attribue à l’augmentation de la densité démographique et à la croissance rapide des deux grandes activités économiques de la région, le tourisme et l’agriculture. Si photogéniques soient-ils, ils mettent à rude épreuve le fragile écosystème du lac. L’évolution des pratiques agricoles dans les montagnes environnantes aggrave les problèmes de cet environnement lacustre, estiment les chercheurs et les habitants, car l’exploitation forestière et la déforestation qu’elle entraîne, ainsi que l’agriculture sur brûlis, augmentent la quantité de sédiments s’écoulant dans les rivières qui alimentent le lac.

Le lac Inle a ainsi vu diminuer sa superficie d’environ un tiers, de 69 km² en 1935 à environ 47 km² en 2000, selon une étude publiée en 2007 par le Système de recherche intégrée pour la science du développement durable, une organisation japonaise qui rassemble plusieurs universités.