Situé entre deux vastes pays, la Birmanie et l’Inde, le royaume d’Arakan des XVe-XVIIe siècles- celui dit de la dynastie de Mrauk U, la ville capitale -, aux dimensions et aux ressources modestes, paraît menacé par ses deux puissants voisins : l’empire mogol qui étend son contrôle sur le Bengale, et le royaume birman d’Ava aux menées expansionnistes.

Mrauk U Arakan Birmanie

Mrauk U Arakan Birmanie

Pourtant, le petit royaume réussit étonnamment bien ; il fait mieux sauvegarder son indépendance puisqu’il renforce sa puissance, en s’appuyant sur le commerce maritime et des mercenaires étrangers (portugais) pour les campagnes militaires. Ce qui fait  considérer souvent le XVIIe siècle comme l’âge d’or de l’Arakan.

L’État d’Arakan, au nord-ouest de la Birmanie, est une région côtière donnant sur le golfe du Bengale. Elle est limitée au nord-ouest par le Bangladesh et séparée de la Birmanie centrale par les montagnes ou monts d’Arakan, recouverts de forêts très denses et dont l’altitude, qui peut dépasser 1 500 m, décroît au sud. De ce fait, elle est particulièrement soumise au régime de la mousson, les précipitations annuelles dépassant les 5 000 mm d’eau en quatre à cinq mois. La région est composée de plaines côtières fertiles entrecoupées de fleuves qui coulent, schématiquement, d’est en ouest et sont bordés de terres alluviales aussi fertiles et propices à la culture du riz. Cette culture, pluviale et annuelle, est de loin la culture dominante de la région. L’Arakan se caractérise par la densité de son réseau hydraulique composé de fleuves, de rivières et de bras d’eau qui découpent le territoire en de nombreuses îles. Ce réseau est omniprésent dans l’univers arakanais.D’une part, parce que le bateau et la pirogue constituaient jusqu’à récemment l’unique moyen de circulation et de transport des hommes et des marchandises dans la région. D’autre part, parce que s’y trouvent d’abondantes ressources en poissons et autres produits de mer et d’eau douce (crevettes, crabes, etc.). Enfin parce que ce réseau constitue depuis longtemps l’un des fondements du découpage territorial, tant du point de vue social que du point de vue religieux : autrefois, le pays était divisé en « îles » et en « ruisseaux », correspondant à des unités sociales, administratives et cultuelles. C’est dans la partie la plus large des plaines, c’est-à-dire, dans le bassin des fleuves Kaladan et Lemro que s’établirent les capitales successives des royaumes arakanais, dont Mrauk U pour la dernière dynastie, la plus connue, qui s’épanouit entre 1430 et 1785. Le royaume d’Arakan disparut lors de son annexion par les Birmans en 1785. La région passa peu de temps après sous domination britannique (1826). Elle fut intégrée à l’Union birmane au moment de l’indépendance du pays (1948) et devint un État en 1974 (la Birmanie compte sept États et sept Divisions).

carte de l'Arakan

 

Les Arakanais formaient, jusqu’à leur conquête par les Birmans, une société distincte dont l’économie reposait sur la culture du riz et sur un réseau de commerce important (celui du riz et des esclaves, notamment avec les Hollandais). La royauté bouddhique connut un développement politique autonome autour de sa capitale Mrauk U, située en plaine, établissant progressivement son autorité sur les seigneurs locaux et populations voisines. La société était divisée en groupes socio-professionnels ordonnés, soumis à un impôt ou à un tribut, à des services et à des obligations ; la population était composite du point de vue de l’origine et de la religion (il s’y trouvait notamment des mercenaires portugais, des brahmanes indiens, des esclaves de pagodes sak et des prisonniers du Bengale voisin servant de main-d’œuvre), sans toutefois que ces critères se posent comme éléments principaux d’identification.

Le royaume était centré depuis des siècles autour d’un palladium, la statue du Bouddha connue sous le nom de Mahamuni. Le Bouddha en personne est censé avoir visité la région et la légende de cette statue, qui rapporte cette visite et établit l’avènement local du bouddhisme, est constitutive du mythe fondateur des royaumes d’Arakan. Supposée dotée de pouvoirs magiques, la statue protégeait le royaume d’Arakan et sa population des attaques ennemies, tout comme le Bouddha d’Émeraude de l’actuelle dynastie thaïe. Lorsqu’ils conquirent la région (1785), les Birmans emportèrent ce palladium et l’installèrent dans leur capitale Amarapura, aujourd’hui intégrée à l’agglomération de Mandalay. La statue, qui s’y trouve encore actuellement, fait l’objet d’une vénération profonde de la part de pèlerins venant de tout le pays. La référence à un territoire commun, que protégeait auparavant la statue de Mahamuni, nourrit aujourd’hui encore le sentiment de communauté historique et religieuse chez la population arakanaise.