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« Blue elephant » l’excellence de l’art culinaire thaïlandais

Pourquoi écrire cet article consacré à un restaurant ? J’ai eu la chance d’être invité par des amis français amoureux de la Thaïlande à dîner au Blue elephant sur Sathorn road à Bangkok et suis tombé sous le charme du lieu chargé d’histoire et de la cuisine raffinée.

L’amour de la cuisine : une passion familiale

Pour comprendre le parcours d’exception du Blue elephant, il faut remonter à l’histoire familiale de la cheffe Nooror Somany originaire de la province de Chaochoengsao située dans une vaste plaine rizicole à quatre-vingt kilomètres à l’Est de Bangkok. Nooror tient de sa mère la passion pour la cuisine qui était sollicitée dans toute la province comme cuisinière dans les mariages. Nooror l’accompagnait au marché pour acheter les ingrédients nécessaires. Sa mère avait la réputation de préparer les meilleures pâtes de currys de la province comme le Massaman, savoir-faire hérité de son père boucher originaire de Malaisie.

Idéalement située, la Thaïlande, bordée par la mer Andaman et le Golfe du Siam, est à un carrefour culturel. Nous sommes bien en Indochine et, comme son nom l’indique justement, sa cuisine est influencée par les cuisines indienne et chinoise : les currys au lait de coco sont indiens et malais tandis que des plats sautés au wok et les soupes de nouilles viennent de la Chine du Sud.

De Chachoengsao à Bruxelles. Une rencontre heureuse

Dans les années 70, Nooror part rejoindre son frère qui poursuit des études en gestion hôtelière en Belgique. C’est par son intermédiaire qu’elle rencontre l’homme de sa vie, Karl Steppe, antiquaire à Bruxelles, grand voyageur, homme d’affaires avisé et amateur de bonne chère. Son mari Karl l’a encouragée à s’inscrire dans une école de cuisine à Bruxelles précisément à l’institut de cuisine Madame Jacob à Bruxelles qui était réputé pour sa formation en arts culinaires classiques. Elle a suivi ainsi des cours de cuisine européenne classique, notamment de cuisine française, apprenant des techniques comme le confit de canard, le foie gras et les pâtisseries. Cette formation lui a donné une base solide de cuisine française et occidentale qu’elle a ensuite intégrée à la cuisine thaïe.

Master Chef Nooror Somany Steppe, Karl Steppe et leurs enfants Sandra, Kim et Chris

A l’époque, la cuisine thaïe était méconnue en Europe, souvent confondue avec la cuisine chinoise. La mondialisation était encore loin. Sur les conseils d’amis du couple qui se régalaient des plats mijotés par Nooror dans leur appartement bruxellois, le couple décide alors en 1980, année de naissance de leur premier enfant Sandra, d’ouvrir un restaurant thaï sur la chaussée Waterloo à Bruxelles pour faire découvrir à un public curieux toutes ces saveurs inconnues comme celle de la soupe tom yam, le curry vert de poulet, le curry Massaman, le phad thai. Fort du succès rencontré à Bruxelles, Nooror et Karl ouvrent d’autres établissements à Londres (1986) et à Paris.

Cuisine thaïe et cuisine du monde

Nooror excelle non seulement dans la cuisine thaïe, mais également dans la cuisine indienne. Son tropisme pour l’Inde l’a même poussé à suivre une formation dans un hôtel à Mumbai, puis à ouvrir deux restaurants indiens haut de gamme « la porte des Indes », l’un à Londres et l’autre à Bruxelles.

En 2000, le couple prend la décision de fermer les établissements de Bruxelles, Londres et Paris, choix qui s’avèrera judicieux au regard de la terrible pandémie de Covid qui sévira par la suite.

Lorsque je rencontre Nooror à Bangkok en février 2026, elle revenait de Calcutta. Elle m’explique avec jubilation qu’une cliente indienne, conquise par sa cuisine lors d’un dîner au Blue elephant à Bangkok, a fait appel à ses services pour préparer le repas de son mariage. Quatre-cents invités. Nourriture exclusivement végétarienne, hindouisme oblige.

Le concept de « soft power » développé par les gouvernements thaïlandais successifs inclue la cuisine de renommée mondiale ainsi que le Muay thai (la boxe thaïe) et le massage. C’est à ce titre que Nooror a été sollicitée par l’office du tourisme (le TAT) et le Ministère des Affaires étrangères pour exercer son talent dans des évènements internationaux comme celui du 22 janvier 2025 à l’occasion du World Economic Forum 2025 à Davos en Suisse. La cheffe Nooror faisait partie de l’équipe de chefs thaïlandais qui ont servi des plats lors de la réception « Thailand Reception » sur le thème “Nourishing The Future For All”. Elle a également cuisiné au siège de l’ONU à New York.

Un peu d’histoire

LeBlue elephant de Sathorn road occupe un bâtiment classé. Entouré de tours de bureau et de condominiums, il dénote par son élégante architecture coloniale de style sino-portugais. A l’origine, il abritait un « department store » un grand magasin le « Bombay-Burma «. En 1928, le bâtiment est acheté par des entrepreneurs sino-thaï qui en font le siège de la chambre de commerce Thaï-Chinoise. En 1930, le roi Rama VII l’inaugure. Pendant la Seconde guerre mondiale, il devient le siège de l’armée impériale japonaise. Nooror et Karl louent le bâtiment à la chambre de commerce qui déménage dans une tour toute proche. Le couple entreprend des travaux de restauration dirigé par Yves Burton. Le restaurant Blue elephant Bangkok et l’école de cuisine ouvrent en 2002 suivi d’une succursale à Phuket.

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