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Un jardin extraordinaire près de Bangkok

C’est en cherchant des œufs de poules élevées en plein air que je suis tombé sur ce jardin extraordinaire dans la province périurbaine de Nonthaburi où j’habite située au Nord de Bangkok, mégapole tentaculaire de plus de dix millions d’habitants. Nonthaburi est réputé dans toute la Thaïlande pour ses durians, fruits à l’odeur rebutante pour certains, succulents pour de nombreux Asiatiques. Par souci de symétrie, il faut ajouter que beaucoup d’Asiatiques ne supportent pas l’odeur  du fromage et n’imaginent pas qu’on puisse se délecter d’un munster ou d’un Maroilles. Hélas les inondations de 2011 ont eu raison des plantations de durians de Nonthaburi, mais c’est sans compter sur la volonté de passionnés d’arboriculture que le durian a été replanté notamment dans ce jardin que je vous propose de découvrir. Avant de commencer la visite, j’aimerais parler du durian, fruit auquel les populations de l’Asie tropicale attachent beaucoup d’importance à l’instar de la truffe ou du caviar dans le monde occidental. Le fruit, pouvant peser plus de cinq kilos, a un aspect d’arme médiévale, couvert de robustes épines coniques qui ont donné leur nom à l’arbre «  duri » signifie « épine » en langue malaise. A la saison du durian, entre mai et juin,  sur chaque marché de Thaïlande et le long des routes, les amateurs se pressent autour des stands pour flairer, soupeser, goûter et marchander le roi des fruits. Son odeur incommodante pour certains a poussé les hôtels, les compagnies aériennes et les régies des chemins de fer et de métro à interdire ce fruit dans les chambres, les avions et les trains. La variété la plus recherchée s’appelle « kanayao ». Lors de vente aux enchères, son prix peut atteindre des sommets. Quand on aime, on ne compte pas. En mai, dans un temple près du jardin, se tient une foire au durian. Des arboriculteurs initient le public à la culture de cet arbre si précieux.

Le jardin s’appelle « growing diversity park » ou « jardin de la diversité ». Suite à la visite de la Princesse Maha Chakri Siridhorn dans la province de Nonthaburi, le bureau de planification urbaine a classé cette zone verte afin préserver la culture du durian qui est une espèce endémique. Ici point d’usines, ni de lotissements (qui pour certains rejettent leurs eaux usées dans les canaux sans traitement). Après avoir quitté la très fréquentée Rattanathibet road traversée par le métro aérien, je suis transporté dans un autre monde : sans doute celui du Nonthaburi d’antan. Les petites routes quasi désertes serpentent autour de vergers et de rizières verdoyantes plantées de palmiers à sucre. La campagne aux portes de la ville. Dès mon arrivée, je suis accueilli par la jeune et pimpante Priéo, responsable du jardin. Nous nous installons dans le café climatisé aux baies vitrées. Priéo me raconte son parcours. Elle a suivi des études dans une faculté d’agriculture, a effectué un stage chez Thai-Denmark, une ferme de vaches laitières où elle s’occupait de la traite et des vélages, un autre dans un centre de recherches sur le maïs et le millet où elle était chargée de la pollinisation. Elle a été embauchée au jardin de la diversité en 2017 grâce à une annonce publiée sur le Net.

Elle est chargée de l’organisation d’ateliers pédagogiques. Y sont abordés des thèmes comme la sécurité alimentaire, la sensibilisation aux risques sanitaires et climatiques, la lutte contre le tabagisme et à l’alcool ainsi que l’agriculture raisonnée. Des formateurs, des agriculteurs, des activistes, des professeurs de faculté d’agriculture, initient les participants à préparer le sol avec du compost. Des cours de cuisine sont également proposés. Ces stages sont financés par l’ONG Oxfam.

Kwanjai nous rejoint. Il travaille dans ce jardin depuis sa fondation en 2015. Je profite de sa présence pour lui poser des questions sur la genèse de ce projet. Au départ, un groupe d’écologistes et d’agriculteurs sensibles aux questions de sécurité alimentaire ont créé une fondation qui leur a permis d’acquérir un terrain grâce à des fonds gouvernementaux et des emprunts. Le principal bailleur de fonds est la direction de la promotion de la santé qui prélève deux pour cent de taxes sur le tabac et l’alcool. Le terrain sur lequel a été construit ce projet était un jardin surélevé, une technique que les migrants chinois ont apporté du Sud de la Chine à l’époque du royaume d’Ayutthaya. La culture sur butte ou jardin surélevé consiste en de longues bandes de terre drainées par une série de petits canaux. On la pratique dans la plaine centrale. Bangkok étant proche de la mer se pose la question de l’eau saumâtre qui remonte avec les marées jusque dans les terres. Le terrain a été transformé en un jardin classique pour pouvoir planter une grande variété de plantes et d’arbres avec l’ajout d’une mare pour pouvoir y élever des canards.

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