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Birmanie : rituel initiatique de la prise de robe

La cérémonie de prise de robe qu’est censé faire tout bouddhiste à son adolescence est appelée shinbyu dans sa forme anglo-saxonne signifiant  « devenir Seigneur ». Pendant toute la durée du rituel, les enfants sont habillés, portés et vénérés comme des princes à qui l’on vient rendre hommage. Les futurs novices montent à cheval, et parfois, si leur famille en a les moyens, ils sont transportés à dos d’éléphant en procession jusqu’au temple. Il faut rappeler que Siddartha Gautama était prince avant de quitter son palais et de se réaliser Bouddha. Plus fastueuse est la cérémonie, plus important est le montant des offrandes reçues et plus grands sont les honneurs rendus aux enfants. Le contraste avec le vœu de renoncement que font les enfants en fin de cérémonie n’en sera que plus accentué. Lorsque vient l’heure pour les jeunes princes de se faire raser le crâne et de porter la robe, la cérémonie n’est déjà plus. Lors de cette phase ultime du rituel, les invités sont partis et il ne reste plus que les proches parents, les bonzes et les novices. Lire la nouvelle traduite du birman les bonzillons deux petits birmans au monastère sur les premiers jours de deux novices dans la vie monastique.

A Pagan procession cérémonie de prise de robe
A Pagan procession cérémonie de prise de robe

L’invitation envoyée en premier est destinée aux bonzes dont on souhaite faire venir le plus grand nombre. L’invitation est parfois accompagnée d’une feuille de bétel pliée en trois. L’extrémité pointe vers le haut, signe distinctif d’un évènement auspicieux qu’est par excellence un shinbyu ou un mariage. Elle se démarque ainsi très distinctement de la forme donnée à cette extrémité à l’annonce d’un décès ; la pointe sectionnée est alors repliée vers le bas en signe de malheur : les esprits errants ont frappé, et c’est pour s’éviter un tel sort que les chiques de bétel sont machinalement coupées avant d’être mâchées.

Imprimée sur une feuille de papier blanche, voici le texte de l’invitation adressée aux bonzes d’un village de l’ethnie intha

INVITATION A LA CEREMONIE AUSPICIEUSE DU SHINBYU

Anando Ananda Cinq préceptes du bouddhisme

Toute la famille de U Khyi-Tan et de Daw Tin-Lha du village de Kye-Za-Kun

Vous tous vénérables bonzes et nonnes qui méditez pour vous libérer du cycle des réincarnations et atteindre le Nirvana êtes très respectueusement conviés

De la nourriture et autres dons vous seront offerts en abondance très saints gardiens des règles bouddhiques.

Souhaitant rendre hommage et acquérir les bienfaits que procurent les préceptes bouddhistes nous vous convions, très vénérables bonzes, à vous rendre le 13e jour de la lune montante du mois de Natdaw de l’année 1357 (4 décembre 1995) avant 10 heures au monastère de Kye-Za-Kun en vous priant d’accepter le repas et les offrandes et de venir entendre le prêche que fera ensuite le bonze.

La sobriété de la première invitation, destinée aux seuls bonzes, contraste avec l’effet d’annonce esthétisante recherché pour la seconde invitation distribuée aux membres de la famille, aux amis et aux relations :

Offrandes auspicieuses Shinbyu nata

Invitation à écouter le sutra pour écarter le mal

Anando Ananda Cinq préceptes du bouddhisme

Au village de Kye-Za-Kun sud lac Inle région de Nyaung shwe

U Sam bho, son épouse Daw Phwa Khin et sa sœur cadette etc….

Et l’ensemble des donateurs et donatrices réunis vous invitent à entendre la doctrine bouddhique.

Souhaitant profondément nous détacher du cycle de la souffrance et nous délivrer du cycle de la réincarnation, dans l’espoir d’atteindre le Nirvana, nous réalisons la cérémonie d’initiation de huit enfants parmi lesquels nos deux très chers et très précieux « fils de poitrine » Maung Aung Kyo et Maung  Kyo Swa Win en leur enseignant la doctrine bouddhique et en leur donnant les huit biens que peuvent posséder les membres du sangha.

Une très sainte cérémonie de percement des oreilles sera également effectuée.

Des offrandes de nourriture, d’argent et de biens de toutes sortes leur seront faites, nous offrirons à manger à tous les amis et intimes qui viendront, et nous écouterons respectueusement  l’enseignement du Bouddha que feront  les membres  du sangha.

A la manière d’un faire-part de mariage, le carton se compose de deux feuillets. Sur la couverture de l’un figurent les huit biens que les bonzes sont autorisés à posséder, à savoir : la robe drapée, la veste inférieure, le bol à aumônes, l’éventail, le parasol, la ceinture, le filtre à eau et le rasoir.

Référence: «Fils et maîtres du lac, relations interethniques dans l’Etat shan de Birmanie». Francois Robinne CNRS

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