Menu

Cinéma et tourisme en Thaïlande

Après avoir vu les westerns comme « la chevauchée fantastique », qui n’a pas rêvé d’aller voir de ses propres yeux les paysages grandioses de  Monument Valley immortalisés par John Ford? Un point de vue porte même son nom : « John Ford’s point ». Il est indéniable que le septième art est un fantastique promoteur du tourisme de par le monde. Avec ses plages paradisiaques, ses rizières verdoyantes, sa jungle et la trépidante Bangkok, la Thaïlande a séduit de nombreux réalisateurs. Pour des raisons politiques internes et donc de droits, les films dont l’action se déroule soit au Vietnam, soit au Cambodge, soit en Birmanie ont été tournés dans le royaume. Des scènes de « Voyage au bout de l’enfer » (1978) de Michael Cimino, excellent film sur la guerre du Vietnam avec Robert de Niro et Christopher Walken, ont été tournées sur la rivière Kwaï à Kanchanaburi tout comme « les Voies du destin » de Jonathan Teplitzky (2013) sur la construction de la voie ferrée par les prisonniers de guerre des Japonais pendant la Seconde guerre mondiale.

« La déchirure » (1984) sur la tragédie Khmer rouge a été tourné dans un hôtel de style colonial à Hua Hin et dans la campagne thaïlandaise identique à la campagne cambodgienne (rizières, palmiers à sucre). Il y a un revers à la médaille. Après le succès mondial de « The Beach » de Danny Boyle (2000) avec Leonardo Di Caprio, l’impact désastreux sur l’environnement provoqué par des hordes de touristes piétinant la plage et abimant les coraux a poussé les autorités à limiter le nombre de visiteurs sur Maya Bay dans le Sud Thaïlande. Puis il y a eu la série des Rambo.

Retour d’expérience de figurant au Vietnam

En 1991, je voyageais au Vietnam ouvert depuis peu au tourisme. Cette année-là, il se trouve que trois films français se tournaient en même temps : L’amant de Jean-Jacques Annaud, Indochine de Régis Warnier et Dien Bien Phu de Pierre Schoendoerffer. Je suis tombé par hasard sur le tournage d’une scène de nuit de l’amant à Saigon. C’est là que j’ai appris que l’équipe allait se déplacer à Sadec dans le delta du Mékong où je comptais bien aller. Sadec est la ville où a grandi Marguerite Duras. C’est tout naturellement que la scène du mariage entre l’amant (Tony Leung) et une jeune chinoise fut tournée devant la maison bleue où résidait l’amant de l’autrice du célèbre roman. Il s’agissait d’une union forcée comme le voulait la coutume chinoise. La logistique de cette scène qui dure à peine deux minutes dans le film fut une gageure pour l’équipe. A cette époque, il y avait peu d’Occidentaux disponibles dans le pays pour faire de la figuration. La production en recherchait plusieurs pour représenter les invités au mariage. Une aubaine pour moi qui est cinéphile. J’ai été engagé sur le champ. A mes côtés, un diplomate de l’ambassade d’URSS au Cambodge qui se trouvait être en mission au Vietnam à ce moment-là. Nous portions des costumes blancs des années 30 et un chapeau colonial. Installés dans des petites barques, nous faisions partie de la procession nuptiale se dirigeant de la maison bleue jusqu’au marché sur la rive opposé du fleuve où attendait patiemment la future conjointe assise dans un palanquin. Au signal « action »,  les figurants vietnamiens, au lieu de vaquer à leurs occupations au marché, se mirent à regarder la caméra au grand dam du metteur en scène qui avait déjà pris du retard sur son planning.

Un film sur Aung San Suu Kyi tourné en Thaïlande

En 201o, la junte militaire birmane décide de libérer Aung San Suu Kyi qui était assignée à résidence dans sa maison de Rangoun au bord du lac Inya. Cette même année, Luc Besson commence le tournage du biopic « The Lady » en Thaïlande. Pour incarner la récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, il a choisi Michelle Yeoh, une actrice sino-malaisienne. Besson s’est d’abord rendu en touriste à Rangoun pour effectuer des repérages : la pagode Shwedagon, la maison au bord du lac de Aung San Suu Kyi, le centre colonial de Rangoun. Une agence de casting à la recherche de figurants occidentaux me contacte pour deux scènes qui seront tournées sur deux jours dans la banlieue de Bangkok. Je serai journaliste/cameraman couvrant un meeting électoral de ASSK. Le rendez-vous est donné à quatre heures du matin au bord du lac de Muang Thongthani au Nord de Bangkok. Il fait encore nuit quand j’arrive sur les lieux. Un membre de l’équipe nous informe qu’il est formellement interdit de prendre des photos. Sous des auvents, deux mille figurants thaïlandais enfilent unlongyi, la tenue traditionnelle birmane consistant en une jupe aux motifs colorés pour les femmes, plus sobres pour les hommes. Ils seront la foule venue écouter leur idole enfin libre. Fille du général Aung San, le père de l’indépendance de la Birmanie, ASSK représentait, pour une majorité du peuple birman, l’icône de la démocratie. On connait la suite de l’histoire. Après un courte période de libéralisation (2015-2021), coup d’Etat en 2021. ASSK est à nouveau emprisonnée. Je choisis mon costume et attend de longues heures l’arrivée du metteur en scène. On m’indique la caméra de télévision- un modèle plutôt massif des années 90- que je devrai opérer pendant le discours de ASSK. Je suis juché sur une estrade au milieu d’une foule compacte. David Thewlis incarnant Michael Arris, le mari de ASSK, est au premier rang. Michelle Yeoh s’exprime en birman, langue qu’elle a dû apprendre le birman pour ce rôle. C’est une langue tonale comme le thaï, le mandarin et le vietnamien. La foule applaudit à tout rompre au signal d’un membre de l’équipe technique. Le second jour de tournage a lieu dans un lotissement désaffecté proche de Bangkok dans la réplique de la maison de Rangoun de ASSK. Des soldats de l’armée birmane au visage austère tiennent la garde devant des rouleaux de barbelés. Nous sommes une poignée de figurants occidentaux pour la scène de l’interview de la Dame dans sa maison. Le preneur de son nous demande de poser des questions en anglais simultanément pour créer un brouhaha inaudible. A mes côtés, je reconnais Vincent Perez, un acteur professionnel, vêtu d’un gilet de grand reporter et portant plusieurs appareils-photos. Il n’apparaitra pas dans le film.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *