la vallée des pierres précieuses de Mogok en Birmanie

J’ai fait la connaissance de Michèle lors d’un circuit en Birmanie en 2019; passionnée par la gemmologie et collectionneuse de pierres brutes, elle avait évoqué l’idée de se rendre, une fois dans sa vie, à Mogok. N’ayant pas trouvé de pierres à son goût lors de son premier voyage et connaissant la réputation des rubis de Mogok, j’ai inclus cette destination à sa demande au programme du second circuit que nous avons effectué en Birmanie avec ses amis en janvier 2020.

le marché de jade Mandalay

le marché de jade Mandalay

La visite du marché de jade de Mandalay allait compléter ce merveilleux voyage. Tout pour plaire à Michèle et aux autres participants.

Diversité géologique unique au monde

Nul ne sait pourquoi les rubis de la vallée de Mogok comptent parmi les plus lumineux du monde. Peu de géologues ont eu l’opportunité d’éclaircir le mystère de cette région dont l’accès est jalousement protégé depuis des siècles. Pourtant, l’extraordinaire diversité de terrains juxtaposés sur une zone restreinte est un éden pour les géologues. La variété des minéraux, dont les gemmes, découverts a Mogok est telle que la vallée est probablement un cas géologique unique.

Collision Inde-Eurasie

L’Inde est entrée en contact avec l’Asie il y a 50 millions d’années puis a poursuivi sa route vers le nord sur 2000 kms, créant la chaine de l’Himalaya et le soulèvement du plateau tibétain, à raison d’environ 4,7 millimètres par an. Sur la partie est du sous-continent, le mouvement de translation s’est traduit par un glissement au niveau de la frontière de la Birmanie. Cette poussée a provoqué des mélanges de fluides et de roches à haute température favorable à la  production de gemmes. Les rubis se forment dans les marbres bleus (plutôt gris).

Le roman de Joseph Kessel

Plus secrète que La Mecque, plus difficile d’accès que Lhassa, il existe au cœur de la jungle birmane une petite cité inconnue des hommes et qui règne pourtant sur eux par ses fabuleuses richesses depuis des siècles : c’est Mogok, citadelle du rubis, la pierre précieuse la plus rare, la plus chère, la plus ensorcelante. Mogok, perdue dans un dédale de collines sauvages par-delà Mandalay. Mogok autour de laquelle rôdent les tigres. La légende assure qu’aux temps immémoriaux un aigle géant, survolant le monde, trouva dans les environs de Mogok une pierre énorme, qu’il prit d’abord pour un quartier de chair vive tant elle avait la couleur du sang le plus généreux, le plus pur. C’était une sorte de soleil empourpré. L’aigle emporta le premier rubis de l’univers sur la cime la plus aiguë de la vallée. Ainsi naquit Mogok… extrait de la vallée des rubis de Joseph Kessel.

Après avoir lu ce célèbre roman d’aventures de Joseph Kessel, je me suis plongé dans deux ouvrages de qualité. Le premier livre s’intitule Pigeon blood valley. On the trail of Mogok’s famed Burmese ruby un livre contenant de nombreuses photos et très bien documenté sur l’histoire, le contexte politique du Myanmar, les conditions d’exploitation des gemmes.

Le second livre s’intitule Mogok, la vallée de pierres précieuses. Une equipe de gemmologues emmenée par Kennedy Ho, l’un des experts les plus influents d’Asie et accompagnée par le photoreporter Jean-Baptiste Rabouan, nous guide à travers cette vallée mythique et son histoire. Grâce à eux, nous descendons dans les puits exploités par l’Etat birman, nous rencontrons les mineurs, Sisyphe de la jungle, les femmes et les enfants qui trient les rebuts des mines à la recherche d’une gemme oubliée, nous pénétrons dans les marchés où se négocient les pierres convoitées par les joalliers du monde entier.  Les auteurs, tous des passionnés, ont rédigés des chapitres richement documentés conçus pour intéresser le plus grand nombre. L’ouvrage est illustré de nombreuses photos exceptionnelles de mines et de gemmes rares.

Mine de pierres précieuses Mogok. Crédit photo Thierry Falise/GRS

Mon premier voyage à Mogok

Lors de ce voyage à Mogok, nous avons fait la rencontre d’étudiantes en gemmologie dans une mine et sur un marché de gemmes. Elles effectuaient un voyage d’études dirigé par Kennedy Ho le directeur de l’institut AIGS (Asian Institute of Gemological Sciences) basé à Bangkok. Né en Birmanie, Kennedy Ho, deuxième d’une famille de courtiers en pierres précieuses, a dirigé la publication du livre Mogok, la vallée de pierres précieuses cité plus haut dans l’article. Cette école a été fondée par son père Waing Kong Ho, un sino-birman ayant fui la Birmanie en 1964 pour s’installer à Bangkok. AIGS a une réputation internationale, dispose d’un laboratoire d’authentification de pierres précieuses. Elle est située dans la tour JTC (Jewelry Trade Center) de 59 étages sur Silom road.

Le rubis le plus recherché du monde

Le 12 mai 2015, lors d’une vente aux enchères organisée par Sotheby à Genève, un tonnerre d’applaudissement retentit quand le commissaire-priseur adjugea la vente d’un rubis birman de 25, 59 carats à 30 millions de dollars. Monté sur une bague Cartier, il a été acheté par un enchérisseur anonyme. La couleur “sang de pigeon” est la plus recherchée de toutes. Pour en trouver, il faut aller à Mogok mais on en trouve également au Mozambique et au Sri Lanka. Une pierre à ne pas confondre avec les rubis dit sang de pigeon, ce sont les spinelles. Avant les progrès de la physique et de la chimie, on pensait que le rubis appelé “Prince noir” serti sur la couronne d’Angleterre était un rubis, mais en fait c’est un spinelle rouge vif comme le rubis.

Sa composition 

L’ oxyde d’aluminium et le chrome lui donnent sa couleur rouge. Il a des propriétés de luminescence. Dans un rubis, il y a une zone incolore le rendant plus lumineux. Son aspect velouté est dû à la présence d’oxyde de titane.

Les plus gros rubis trouvés à Mogok sont :

Big Mama 2000 carats

le King of Mogok 1700 carats

Hixon (au musée d’histoire naturelle de Los Angeles depuis 1978) 196 carats

Castle ruby 405 carats

Importance des communautés indienne et Gurka à Mogkok

Le commerce des pierres précieuses à Mogok est tenu par des descendants de population du sous-continent indien venus en Birmanie pendant l’aventure coloniale britannique en Asie du Sud-Est. Originaire du Népal, les Gurkas sont bien implantés à Mogok. Connus pour leur bravoure au combat, ils furent engagés dans l’armée britannique. Arrivés en Birmanie en 1930, les Gurkas assuraient la securité des mines et des routes qui menaient à Mogok.

Concurrence des rubis du Mozambique

Environ 80% de la production mondiale de rubis provient du Mozambique. Après observation scientifique en laboratoire, il s’avère que ces rubis mozambicains sont trop chargés en fer et en chrome par rapport aux rubis birmans. Ce qui confère la luminosité des rubis birmans, c’est justement cette absence de fer.

Le bleu velouté des saphirs de Mogok

Dans les quelques 1200 mines de Mogok, outre des rubis, des spinelles et des péridots, on trouve des saphirs de très grande qualité. Les saphirs les plus réputés au monde provenaient du Cachemire mais le gisement s’étant épuisé, ce sont ceux de Mogok qui sont les plus recherchés d’un bleu velouté.

La vallée de Mogok. Crédit photo Thierry Falise/GRS

Qu’acheter à Mogok?

Certainement pas des rubis car les plus beaux se retrouvent sur le marché thaïlandais, Bangkok étant la plaque tournante du commerce et de la taille des gemmes. Par contre, on peut acheter des spinelles bruts et taillés sur les différents marchés de Mogok qui ouvrent à tour de rôle: Cinema market, Lei OO market et Umbrella market entre autre.

Aller à Mogok

Nichée dans une vallée (50X10 kms) entourée de montagnes, Mogok (1200m. d’alt) est située à 200 kms de Mandalay. Les étrangers doivent être munis d’un permis pour s’y rendre. Guide local obligatoire.

Livres recommandés

  • Pigeon blood valley. On the trail of Mogok’s famed Burmese ruby. Adolf Peretti et Thierry Falise. Published by GRS GemResearch Swisslab AG 2016
  • Mogok, la vallée des pierres précieuses sous la direction de Kennedy Ho. Direction scientifique : Emmanuel Fritsch. Editions Glénat 2018